David Albahari

Serbe, juif et bosniaque, David Albahari est un écrivain de l'ex-Yougoslavie né à Pec au Kosovo en 1948 et exilé au Canada
Une appartenance compliquée qui occupe tout l'espace de son œuvre. A Belgrade, ses nouvelles en avaient fait le maître du genre (postmoderne, aime-t-il à dire) auprès de toute une génération, avant qu'il ne réponde à l'invitation de l'université de Calgary : " J'étais venu ici parce que j'avais cessé de durer. Je n'étais qu'une suite de séquences discontinues, un perpétuel commencement qui n'avait jamais de fin. " 

D'emblée l'université américaine lui inspira son premier livre d'exilé, L'homme de neige. Un texte dense, sourdement ironique, qui fustige l'enseignement universitaire et la suffisance de certains professeurs. Comme souvent dans son œuvre, l'autobiographie joue avec la fiction. Son narrateur recense un par un et ressasse les détails qui matérialisent son passage de la vieille Europe au Nouveau Monde. Cette vieille Europe, David Albahari ne s'était pas résolu à la quitter tant que sa mère était en vie. L'appât est un chant d'amour dépouillé, dédié à cette femme simple, d'origine bosniaque, qui s'était convertie au judaïsme - en 1938 ! - pour éviter tout problème d'identité à ses enfants nés d'un père juif. La difficulté pour un Nord-Américain d'appréhender une réalité aussi complexe que celle des Balkans est un thème qui hante les écrits de l'exilé.

 Globe-trotter, Gallimard
traduit du serbe par Gabriel Iaculli & Gojko Lukic

Daniel Atias possède le visage que le narrateur de Globe-trotter a toujours rêvé de peindre. Ce dernier est canadien et, comme Atias, il bénéficie d'une bourse de séjour offerte par la petite ville de Banff, dans les Rocheuses canadiennes. Fasciné par son visage, il passe l'essentiel de son temps avec cet écrivain juif belgradois peu loquace, qui suscite sa curiosité. Lors d'une visite au musée de la ville, ils tombent sur les traces d'un certain Ivan Matulic, globe-trotter croate ayant résidé à Banff dans les années vingt. Apprenant que le petit-fils de ce Matulic vit à Calgary, tout près de là, ils l'invitent à passer une journée avec eux. Le duo devient trio, mais le narrateur se rend vite compte que la relation entre le petit-fils de Matulic et Daniel Atias porte en elle les déchirures d'un pays qui n'existe plus, l'ex-Yougoslavie.

L'interrogation autour des fractures de l'Histoire et des conséquences sur l'identité de chacun reste au cœur de ce nouveau roman de David Albahari. La culpabilité, la fascination, le trouble, le désir et la difficulté de pardonner, tous ces sentiments sont magistralement évoqués par l'auteur dans un récit puissant et subtil.